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J’ai travaillé dans une auberge de jeunesse au Japon à 50 ans

J’ai travaillé dans une auberge de jeunesse au Japon à 50 ans

On pense souvent à tort que les auberges de jeunesse sont réservés aux 18 à 35 ans, détrompez-vous! Voici mon expérience de travail au Japon :

Qu’est-ce qui vous a poussé à aller travailler dans une auberge de jeunesse au Japon?

Je rêvais de devenir travailleuse nomade depuis longtemps, et en 2018, j’avais finalement décidé de me lancer. Mon budget était très limité – je partais pour presque 3 mois alors je voulais couper dans les dépenses. Travailler quelques heures par jour en échange d’une chambre gratuite m’a tout de suite paru une option intéressante.

Comment est-ce que votre entourage a réagi face à votre décision de partir travailler et voyager au Japon?

Ma famille est habituée de me voir voyager; personne n’a donc été surpris. Mon père m’appelle toujours la « grande voyageuse devant l’Éternel »! La réaction de ma famille a donc été très positive.

Pourquoi avez-vous choisi le Japon?

J’étais déjà allée au Japon en 2003 et je rêvais d’y retourner. J’ai d’ailleurs étudié le japonais et la culture japonaise pendant quelques années. La destination s’est donc « imposée » d’elle-même! C’est aussi une destination idéale pour une femme qui voyage seule, parce que c’est un pays ultra sécuritaire. C’était donc un bon choix pour entreprendre l’aventure du travail nomade.

Quelles ont été vos démarches pour trouver cet emploi?

Je connaissais certains sites Web qui offrent des emplois de « bénévoles » à l’étranger, c’est-à-dire des emplois où on n’est pas rémunéré directement, mais on est logé gratuitement. Ça évite souvent d’avoir à obtenir un visa de travail. Je me suis donc inscrite sur Workaway. On dit que quand on fait un pas dans la direction de nos rêves, les planètes s’alignent : quand j’ai écrit à Hazuki-san (ma patronne) à Hiroshima, elle m’a répondu en moins de 10 minutes, et après un échange de quelques courriels, j’ai été embauchée. Trouver l’emploi au Japon m’a donc pris environ une heure – un vrai miracle!

Comment se sont déroulés vos premiers jours dans cette auberge de jeunesse au Japon?

J’étais un peu nerveuse, parce que je n’ai pas l’habitude de travailler dans le public. Faire le ménage des dortoirs était donc plus facile que d’être à la réception. J’ai vite appris que quand on se met un grand sourire dans le visage, tout va super bien! Quand je travaillais à la réception, je devais aussi faire les comptes et un peu de tenue de livres.

Heureusement, ma patronne était vraiment hyper encourageante! Les tâches étaient variées, mais n’étaient vraiment pas difficiles; ça ne m’a pris que quelques jours pour prendre le beat. Je dois dire aussi que mes collègues étaient vraiment super. On faisait une équipe fantastique!

En quoi consistait votre entente de travail avec l’auberge?

Je travaillais 6 heures par jour, 5 jours par semaine. Normalement, le nombre maximal d’heures pour un emploi trouvé sur Workaway est de 25 heures par semaine. Comme on m’en demandait un peu plus, j’avais aussi des repas d’inclus. Il y avait un quart de jour et un quart de soir, ce qui veut dire que je travaillais parfois de 11 h à 17 heures, et parfois de 17 h à 23 h. J’avais toujours mes deux journées de congé collées; ça me permettait d’aller visiter d’autres coins de la région.

Est-ce qu’il y a des sites ou plateformes à privilégier pour trouver ce genre de boulot?

J’en connais deux à part Workaway : il y a WWOOF, qui permet de trouver des emplois sur des fermes organiques un peu partout dans le monde. L’ennui avec WWOOF, c’est qu’il faut s’inscrire (et donc payer) individuellement pour chaque pays (ex. pour le Japon, c’est sur le site WWOOF Japan).

Il y a HelpX qui aide à trouver des emplois de tous genres. Je n’ai jamais utilisé ce site; je ne peux donc pas vraiment l’évaluer.

Sur le site de Workaway, les emplois sont très divers. Ça peut aller d’emplois sur des ranchs ou des fermes à des jobs de gardienne d’enfants ou d’aide à la rénovation, en passant par des postes dans des auberges. Les frais d’inscription sont d’environ 45 $CAD par année.

Votre plus grand choc culturel au travail?

Les Japonais ont une incroyable éthique du travail! Dans ce pays, le client est vraiment roi, et les employés des restaurants, des hôtels, des comptoirs de vente, etc. font tout pour assurer la satisfaction des clients, et ils le font avec le sourire. C’est une chose qui frappe beaucoup les gens lors de leur première visite dans ce pays d’Asie – l’extrême serviabilité et l’extrême politesse. Même quand les clients chialent ou se choquent, les Japonais gardent leur sourire et leur calme. Même devant un client qui nous insultait, ma patronne est demeurée imperturbable!

Les statistiques démontrent que 28 % des Japonais ont plus de 65 ans, contre 19 % au Québec.

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Selon votre expérience, est-ce que les travailleurs de 50 ans et plus sont perçus différemment au Japon qu’au Canada?

Les Japonais ont beaucoup de respect pour les gens plus âgés et expérimentés. Tant avec les clients qu’avec ma patronne, je ne me suis jamais sentie comme si j’étais trop vieille. Ma patronne m’a même dit qu’elle avait apprécié d’avoir une employée plus âgée/plus mature et qu’elle savait que l’auberge était entre bonnes mains quand elle devait me laisser seule à la réception. Elle avait déjà eu de mauvaises expériences avec de jeunes employés sur qui elle ne pouvait pas se fier.

Que répondriez-vous à quelqu’un qui pense être trop âgé pour travailler en auberge de jeunesse?

On n’est jamais trop âgé pour faire de nouvelles expériences! Honnêtement, dans toutes mes communications sur la plateforme de Workaway (j’ai aussi trouvé un emploi à Taïwan), jamais on ne m’a parlé de mon âge dans les échanges. Je ne crois pas que l’âge soit un critère de discrimination. Ce que les employés veulent, ce sont des gens sur qui ils peuvent se fier. Mettez-vous à leur place : ils doivent engager quelqu’un sans l’avoir rencontré en personne! Ils veulent donc être rassurés que les personnes embauchées sont sérieuses et vont respecter les ententes. L’âge peut vraiment être un atout! Si vous fouillez un peu sur le site de Workaway, vous verrez vite qu’il y a des gens de tous les âges qui y sont inscrits!

À l’auberge Evergreen, les clients se réunissent le soir dans la salle commune pour faire connaissance et partager des expériences de voyage. Les employés sont encouragés par la patronne à discuter avec eux. J’ai fait des tonnes de rencontres intéressantes, et même si la majorité des clients étaient âgés de 20 à 35 ans, je ne me suis jamais sentie exclue des discussions, bien au contraire! C’est vraiment génial, les liens qui se créent entre voyageurs de toutes les générations! On se rend vite compte que l’âge n’est qu’un chiffre…

Qu’est-ce qui a été le plus enrichissant dans cette expérience à l’étranger?

Pour moi, il y a eu plusieurs choses : d’abord, j’ai vraiment tripé d’avoir des contacts avec plein d’autres voyageurs tous les jours. Ma liste de destinations de rêve s’est vraiment allongée! Ensuite, l’expérience du travail dans le public m’a aidée à me dégêner encore plus. Aussi, le fait de vraiment vivre dans un pays – d’aller faire l’épicerie, d’aller chez la coiffeuse, de me promener ici et là dans la ville ou la région, etc. – m’a montré que je peux arriver à me débrouiller dans pas mal de situations, et j’en suis sortie plus confiante.

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui aimeraient vivre ce genre d’expérience?

Surtout, surtout, pas d’hésitation! Lancez-vous! Mais d’abord, prenez le temps de bien réfléchir! Même si ce sont des emplois bénévoles, voyez-les comme de vrais emplois, c’est-à-dire, réfléchissez aux compétences que vous avez à offrir, et sachez comment vous vendre! Faut pas se le cacher, vous allez compétitionner avec beaucoup de jeunes. Votre avantage : vous en avez de l’expérience et des aptitudes, alors misez dessus! Moi, je voulais travailler dans des auberges. Je suis traductrice et j’ai étudié plusieurs langues au fil des années. Même s’il y a certaines de ces langues que je n’ai pas pratiquées depuis longtemps, j’arrive quand même à baragouiner. J’ai misé là-dessus : pour une auberge qui reçoit des voyageurs de partout dans le monde, avoir quelqu’un à la réception qui se débrouille dans plusieurs langues, c’est un atout!

Pour que la situation soit gagnante-gagnante, vous devez aussi trouver votre bonheur. Pensez donc à la manière dont vous voulez passer vos heures de travail. Parce que tant qu’à y être, il vaut mieux trouver quelque chose que vous allez aimer. Lisez bien la description de l’emploi ET les commentaires d’autres employés pour déterminer si l’emploi vous convient ou non. Prenez le temps d’échanger avec l’employeur avant d’accepter le poste, pour bien comprendre  les attentes, les tâches que vous aurez à faire, le nombre d’heures, etc. Une fois sur place, vivez l’expérience au max!

Alors, seriez-vous game de travailler en auberge?

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